mardi, mars 13, 2007

Joyeuses perditions...

Aujourd'hui, cela fait un mois que je suis à Porto, et hier je suis tombé amoureux de la ville. Il faut un mois pour aimer une ville. Il faut un mois pour sentir le coeur de celle-ci battre.
Je n'ai jamais eu un coup de foudre pour une ville, ni en amour d'ailleurs, j'ai toujours aimé les choses et les personnes dans la durée. J'apprends à aimer, je découvre, j'apprécie. Je n'ai jamais eu de réelle passion, parce que les passions s'affadissent, et non l'amour; l'amour est doux, continuel, éternel et paisible.
Hier, j'ai aimé la ville.
J'ai vu les gens marcher sur les quais et je marchais avec eux, doucement, je me suis laissé entraîner dans le flot, je me suis baigné dans leurs paroles, enivré de leurs parfums, j'ai dansé sur le son de leurs voix, sur la musique de leurs coeurs. Je me suis arrêté sur un banc et me suis assis. Tendant un peu la tête pour me dorer le visage devenu livide par les journées passées au laboratoire. J'ai scruté le paysage autour de moi, une légère brise soulevais mes cheveux et me grattait légèrement la barbe, je sentais le vent entre mes doigts, je cru l'attraper. Des amoureux, main dans la main, passaient heureux. Sur le visage des gens se dessinaient mille et une expression, se lisaient mille et une histoire...

Un chat est venu s'asseoir à côté et moi et nous partagions la vue ensemble.
La musique d'Anthony and the Johnsons rythmait le bal des hommes, des femmes et des enfants. Je m'acheta une bière.
Entre temps le chat parti, il alla rejoindre un jeune peintre dont je ne pouvais ni distinguer les traits ni voir ce qu'il dessinait à cause de la réflexion du soleil dans l'eau et qui en le regardant m'éblouissait. J'entrouvris les yeux pour essayer de l'apercevoir mais je ne vis rien, qu'une silhouette légèrement tordue coiffée de cheveux que le vent tentait de prendre avec lui. Nous devenions amis dans notre solitude, codétenus de notre dénuement. Je n'avais l'argent que pour deux bières. Je venais de finir ma première; elle était fraîche, suave, douce, je la sentais en moi, m'enivrant peu à peu...
Je m'en pris une autre et rejoins le banc. Le banc était de bois, un bois noble que le temps avec embellit.
Dans un bar pas loin, une chanteuse à la voix craquelante et rocailleuse chantait une douce complainte triste, un beau fado qui me givrait le coeur. Le son de sa voix partait et revenait au grès du vent qui changeait parfois de chemin...
Qu'est ce que j'aurai aimé avoir un bout de papier à ce moment là pour écrire tout ce que j'avais ressenti, pour décrire la beauté et le précieux de ce que je voyais.
Des bancs d'enfants ciraient au loin en se chamaillant pour des châtaignes. Entouré par la foule, j'oubliais pour la première fois que j'étais seul, terriblement seul, unique. Personne à qui parler qu'à moi même dans de longs et philosophiques monologues. Pour la première fois le vide s'était rempli du bonheur de l'instant, ce bonheur inqualifiable, inexplicable qui vous prend lorsque vous avez tout perdu, tout seul, ailleurs où vous êtes inconnu, que vous êtes invisible aux autres parce que si banal, quand personne ne s'inquiète de votre absence et personne ne se réjouit de votre présence, dans ces moments là, enfin, on vit. Oui, on vit !
Qu'il est beau de se perdre ainsi pour se retrouver enfin, seul, face à soit même et aux autres, presque, non, totalement nu. J'ai pensé à tous ceux que j'aime. Je n'avais jamais réalisé combien j'aimais les gens qui m'entourent, je suis une machine à aimer... C'était l'anniversaire de ma soeur et c'est la première fois que je lui ai dis, je t'aime. Elle a 17 ans. Ah elle est devenue grande ! son âge me renvoie au mien.. Je vieillis, peu à peu, même si je ne me l'avoue pas.. Bientôt, je serai peut être comme tous ces couples qui se baladent avec leurs enfants, ou peut être pas... Mais si je devais l'être, j'aimerai être aussi heureux qu'eux...
Hier, pour la première fois depuis un mois, j'étais heureux.

5 commentaires:

marou a dit…

Très belle note mon ami, je pense que les gens qui t'entourent aussi t'aiment et que tu leurs manques beaucoup!

Roumi a dit…

@Xander : c'est une note sublime... je pense comme Marou. :)

elgreco a dit…

bravo voyageur
Keep going

et
seul l'Amour vaincra!

Emina a dit…

dans ces moments là, enfin, on vit. Oui, on vit !
Qu'il est beau de se perdre ainsi pour se retrouver enfin, seul, face à soit même et aux autres, presque, non, totalement nu.


Oh que oui! J'adore ces flâneries...

Joli post :)

Anonyme a dit…

"Je vieillis, peu à peu, même si je ne me l'avoue pas.. Bientôt, je serai peut être comme tous ces couples qui se baladent avec leurs enfants, ou peut être pas... Mais si je devais l'être, j'aimerai être aussi heureux qu'eux...
Hier, pour la première fois depuis un mois, j'étais heureux."

ça me rappelle en qlq sorte moi meme, ça s'explique peut etre un peu pour toi parce que t'es loin de ceux que tu aimes.Mais pour moi je n trouve pas d'explication à cette mélancolie qui m'emporte d'un temps à autre. Pt etre c la solitude dans la foule ou l'bsence de ce que j'appelle "l'ame jumelle" ; mais bon la vie est belle autant s'en réjouir.
Profite de ton séjour, c merveilleux de découvrir une nvelle culture, un nveau mode de vie, je t'envie pour ça.